Migration

L’immigration syrienne

Par Paul  Champsaur

La vague d’immigration syrienne en Europe met au premier plan l’accueil des immigrants en France. Un réfugié est un migrant qui a demandé l’asile et l’a obtenu. Il n’est plus expulsable. La grosse majorité des immigrants ne demandent pas l’asile. Jusqu’en 2014 sur plusieurs dizaines de milliers de demandeurs d’asile par an, d’origines très diverses (Afghanistan, Albanie, Bangladesh, Irak, Tchétchénie,…), seuls un quart environ obtenaient le statut de réfugié. De ce fait dans la suite on ne parlera que d’immigrants.

L’immigration était sur les dix dernières années de 210000 personnes par an*, avec une hausse les dernières années, d’où un accroissement de 100000 personnes de la population immigrée (5,9 millions). Car il y a chaque année 50 000 décès d’immigrés et 60 000 d’entre eux quittent le territoire (étudiants,…). La hausse de l’immigration depuis 2009 jusqu’au début de 2014 était d’origine européenne du fait de la crise économique. L’immigration non européenne représentant environ 50% du total. L’immigration en France était, en proportion, la moitié de celle des pays de l’OCDE. La France n’est plus un pays d’immigration importante, notamment en comparaison européenne.

L’arrivée des Syriens a commencé en 2014. Il y en avait peut-être quelques dizaines de milliers en 2015 et autant en 2016. Un tel flux annuel de syriens serait gérable car il est modeste et l’immigration non européenne autre est contenue. Les études économiques sur l’effet d’un supplément d’immigration de cet ordre montrent que :

–  l’effet sur les recettes fiscales et sociales nettes des prestations devient assez vite légèrement positif ;

– l’effet sur l’emploi des autochtones devient également légèrement positif après quelques années pourvu que le marché du travail soit raisonnablement flexible.

Ce deuxième point contredit l’opinion courante. Dans beaucoup d’études solides l’offre de travail génère à terme l’emploi et la croissance permettant d’y faire face. Reste un problème de court terme : le logement. Cela vaut aussi pour une partie des migrants non syriens. Une mobilisation de la population et des autorités publiques est souhaitable.

Ainsi l’effet économique des flux potentiels de syriens en France est faible et pas négatif. Restent les conséquences culturelles. Pour certains l’immigration non européenne est déjà trop élevée. Pour d’autres elle est plutôt modérée, notamment en comparaison internationale, et laisse une marge de manœuvre. Le problème européen est plus compliqué. Cinq millions de syriens ont quitté leur pays et souhaitent souvent s’installer en Europe. Ils sont attirés par d’autres pays européens que la France : l’Allemagne, la Suède,…Ces pays ont des flux migratoires depuis quelques années très supérieurs à ceux de la France. Les flux potentiels de réfugiés les concernant paraissent élevés au regard de leurs capacités d’accueil. D’où une réaction négative de leur population et une politique plus restrictive. Une part non négligeable des expatriés syriens ne pourront s’installer en Europe. Il est plus que jamais souhaitable qu’aient lieu, en Syrie même, des évolutions permettant aux syriens expatriés de rentrer chez eux et d’y vivre en paix.

*Source : Insee

Paul Champsaur, Haut fontionnaire

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6 Commentaires

  1. JEAN

    M.Champsaur a la modestie de ne pas faire état de son ancienne fonction de DG de l’INSEE, jusqu’en 2003: cela ajoute encore au sérieux et à la pertinence de ses analyses.

  2. JPR

    Certes et son analyse est juste mais je me demande tout de même d’où viennent les chiffres de « peut-être quelques dizaines de milliers d’arrivée de Syriens en 2015 et autant en 2016″.
    D’abord il ne s’agit plus ni de réfugiés ni d’immigrants mais d' »arrivées ». Le terme est pour le moins flou. Mais lorsqu’on a en tête la situation syrienne en 2015 et 2016, il ne peut s’agir que de réfugiés. Or les syriens qui ont demandé en 2015 le statut de réfugiés sont, selon l’ofpra, 3415 ! https://ofpra.gouv.fr/sites/default/files/atoms/files/rapport_dactivite_ofpra_2015_hd.pdf
    On ne voit pas bien en quoi ce mince filet (75% des demandes étant rejetées, on aboutirait in fine à 800 personnes !) changerait quoi que ce soit à l’équilibre des flux migratoires en France.
    En réalité l’immigration syrienne a pesé essentiellement sur d’autres pays d’Europe (Hongrie, Allemagne… ) mais n’a eu que peu d’impact en France. Bien plus : l’idée de quotas proposé par l’UE pour répartir solidairement la pression migratoire issue de la guerre (5000 pour la France) a été vigoureusement rejetée par cette dernière.
    Lorsque l’on compare les chiffres de l’immigration Syrienne en Jordanie, au Liban et en Turquie à ceux de l’Europe toute entière – et à fortiori à ceux de la France – on ne peut être que consterné par notre manque de générosité et de clairvoyance. Oui, de clairvoyance car, d’une manière ou d’une autre, nous paierons un jour cette frilosité.

  3. Brigitte

    Courageux article qui se fondant sur des statistiques peut contredire des sentiments donc infondés…
    non viva le FN!!!

  4. JEAN

    Le FN prospère en effet sur l’ignorance en général, et la méconnaissance de l’autre en particulier.
    C’est le même mécanisme, propagé par Facebook ,qui a fait élire Trump…alors comment faire connaître des infos comme celles que nous donne M.Champsaur?

  5. JPR

    La réponse est simple en apparence : faire davantage confiance aux organismes chargés des questions abordées : ministère de l’intérieur (la plupart des infos présentées ici sont sur le site du Ministère, et de façon très synthétique) qu’à Fécebook!

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