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La technique nous sauvera-t-elle de la pollution ?

Tous les 15 jours, retrouvez Pierre-Yves Stucki et sa chronique sur la pensée sociale et l’actualité, au micro de Paul Keil sur Radio Jérico.

A partir de la chronique du 20 décembre 2016.

 

La France connaît en ce mois de décembre l’épisode de pollution aux particules fines le plus intense et le plus long depuis au moins 10 ans. Ce pic est dû à une recrudescence d’émissions de particules liées au chauffage au bois et au trafic routier, conjuguée à des conditions météo favorables à leur maintien près du sol. Inutile donc, comme on l’a vu sur les réseaux sociaux, d’accuser nos voisins allemands : nous souffrons bien de notre propre pollution.

Après plusieurs jours, la Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, Mme Royal, a présenté plusieurs mesures antipollution, dont l’extension de la prime de conversion de 10 000 euros aux véhicules utilitaires, une prime de 1 000 euros pour l’achat d’un scooter électrique ou encore la gratuité des autoroutes pour les véhicules électriques.

Ce plan a été salué aussitôt par l’Association nationale pour le développement de la mobilité électrique. Il n’est pas inutile de signaler que cette association regroupe les principaux constructeurs automobiles et équipementiers. On comprend qu’ils aient été ravis de ce coup de pouce financé par le contribuable.

Il ne s’agit pas de nier l’intérêt de ces actions. La voiture électrique représente, sur plusieurs points, un progrès pour l’environnement. Elle permet de réduire considérablement la pollution sonore et chimique en ville. Mais ce n’est pas non plus la solution miracle. Sa fabrication reste polluante et elle utilise une électricité qui n’est que très peu issue de sources renouvelables. En outre, une polémique est apparue sur le fait que les voitures électriques Bluecar de Bolloré et e-Mehari de Citroën consomment en permanence de l’électricité pour maintenir la batterie à température, même quand le véhicule ne roule pas, ce qui constitue un gaspillage énergétique significatif.

Mais ce qui est surtout frappant dans cette annonce, c’est qu’à un problème environnemental, il oppose quasi exclusivement une réponse technique : le véhicule électrique. Et ce faisant, il constitue un soutien très concret à la production industrielle (d’où la réaction enthousiaste de la filière) et donc un encouragement au renouvellement accéléré de matériel, c’est-à-dire une logique de consommation.

C’est sur ce point que je voudrais m’arrêter aujourd’hui, tant il illustre l’emprise du « paradigme technocratique » que le pape François présentait dans son encyclique Laudato Si comme la principale racine humaine de la crise écologique. Ce paradigme exerce son emprise sur l’économie et la politique et cultive l’idée que la technologie résoudra tous les problèmes environnementaux.

Or, nous dit le pape François, « les efforts des scientifiques et des techniciens, qui essaient d’apporter des solutions aux problèmes créés par l’être humain, sont louables et parfois admirables. Mais en regardant le monde, nous remarquons que ce niveau d’intervention humaine, fréquemment au service des finances et du consumérisme, fait que la terre où nous vivons devient en réalité moins riche et moins belle, toujours plus limitée et plus grise, tandis qu’en même temps le développement de la technologie et des offres de consommation continue de progresser sans limite. »

« La culture écologique, écrit encore le pape François, ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d’apparaître (…). Elle devrait être un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité qui constitueraient une résistance face à l’avancée du paradigme technocratique. ».

Quelques mesures gouvernementales, prises sous la pression d’un épisode de pollution, ne suffiront pas à réaliser cette « conversion écologique ». Celle-ci nécessite un changement personnel de chacun. Mais elle relève aussi de la responsabilité des pouvoirs publics. Il est possible d’imaginer des mesures qui accompagnent des changements de pratiques en matière de déplacements, plutôt que le simple remplacement des véhicules thermiques par des véhicules électriques. Cela supposerait, entre autres exemples, de consentir à une réorientation massive du financement en faveur des transports publics ou du ferroutage.

La doctrine sociale nous évite justement de tomber dans une opposition fictive entre la conversion individuelle et les convictions personnelles d’une part, et d’autre part l’action publique qui serait uniquement factuelle et indépendante de toute représentation du monde. L’action publique hérite d’une conception du monde et contribue aussi à l’alimenter. C’est tout l’intérêt de cette doctrine que de nous aider à réfléchir sur le sens de notre action, aussi bien individuelle que collective.

 

Pierre-Yves Stucki, vice-président des Semaines sociales.

 

 

(Illustration : pollution sur l’autour A6a au Sud de Paris,
photo Céréales Killer sous licence CC BY-SA 3.0)

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1 Commentaire

  1. SEVENIER

    merci pour cette chronique et celles à venir!

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