Tous les articles de Ondine Vernier

Encore le voile !

Par Jean-Pierre Rosa 

 

Aéroport de Londres, 16 heures. Le voyage a été long depuis le Pacifique. Un dernier passage à la sécurité et nous allons pouvoir embarquer pour Roissy. Il y a du monde, comme d’habitude, aux portiques et aux glissières où l’on dépose son bagage à main, ses papiers, son ordinateur, son manteau, ses clés en attendant les ultimes vérifications… Assez loin devant moi un couple fait la queue. La femme, en voile intégral, colle à son mari, cherche à passer avec lui. Du coup mon œil est attiré et j’observe. La femme va-t-elle lâcher son mari ? Seule ? Sous la demande des employés ? Et son voile ? Va-t-elle l’ôter ? Ou répondre à la demande ?

Première étape, la séparation. Les employés invitent gentiment le mari à vider ses poches, poser ses clés, ses papiers… Pendant ce temps un autre employé prend en charge son épouse mais sans lui demander d’ôter son voile. Et la voilà qui est invitée, après son mari, à passer sous le portique visage couvert. Je me tors un peu le cou pour suivre. Je ne crois pas que quiconque lui ai demandé d’enlever le morceau de tissu noir qui couvrait entièrement son visage. Comment vérifier l’identité de Madame ? Et pourquoi une telle pusillanimité de la part des services de sécurité ? Mais trêve de réflexions, c’est mon tour. Je passe tranquillement mais, au moment de la lecture de mes papiers, l’employé me demande gentiment d’ôter mon chapeau pour vérifier mon identité à l’aide de mon passeport. Je m’exécute, un peu interdit.

Et du coup je me demande : quelle mouche a donc piqué ces employés ? Comment peuvent-ils filtrer ainsi le moucheron et avaler le chameau ? Est-ce parce qu’il s’agirait d’un « signe religieux » et qu’il ne faut pas brider la liberté religieuse ? Mais même les tenants des « accommodements raisonnables » auraient donné raison à l’employé qui aurait invité Madame à ôter son voile.

En fait ce voie « islamique » ne cesse de poser question. D’une part parce qu’il apparaît comme le marqueur d’une condition féminine d’infériorité, d’autre part parce qu’il tend à faire disparaître de l’espace public le visage même de la femme, ce qui ne peut être accepté. Certains, pour le défendre, mettent en avant son caractère religieux et, ce faisant, le « sacralisent ». D’autres au contraire mais avec la même intention, en font un élément culturel respectable en tant que tel et soulignent sa contingence dans l’univers de l’Islam, dédouanant ainsi l’islam de tout assujettissement de la femme.

Soyons sérieux et prenons les arguments l’un après l’autre. S’agit-il d’un signe « religieux » ? L’histoire montre que cela est douteux. Mais même en ce cas, il doit être sérieusement encadré. Voiler le visage dans sa totalité est grave. L’interdiction française semble sage. La tolérance d’un voile modeste, qui ne couvre que les cheveux semble plus juste. Et s’il s’agit d’un simple vêtement « traditionnel » ? Alors il est urgent de limiter son emploi.

Police vestimentaire ? De retour d’un pays où on ne rencontre aucune femme voilée, je pense au contraire qu’il s’agit là d’un combat en faveur de l’égalité hommes-femmes.

Cause futile au regard de grandes causes sociales ? Je ne le crois pas. Beaucoup de choses se jouent autour de l’égalité hommes-femmes et de la condition féminine.

Mon passage à la sécurité d’un grand aéroport européen me fait penser que je n’ai pas tort.

 

Jean-Pierre Rosa

La participation associative

Par Paul Champsaur 

Le monde des associations est très hétérogène. Je ne traiterai que des associations classiques, fonctionnant essentiellement par et pour leurs adhérents. Sont donc exclues les structures associatives qui auraient pu adopter un autre statut : Lire la suite…

Pour une année « intranquille »

 

Par Dominique Quinio, présidente des Semaines sociales de France

« Nous, les intranquilles ». C’est le magnifique titre d’un film réalisé par Nicolas Contant avec le groupe cinéma du centre Artaud autour de la maladie psychiatrique, de la folie. Un titre que l’on a envie de rapprocher d’une phrase du pape François dans la Joie de l’Evangile (2013) : « une foi authentique – qui n’est jamais confortable et individualiste – implique toujours un profond désir de changer le monde, de transmettre des valeurs, de laisser quelque chose de meilleur après notre passage sur la Terre. Nous aimons cette magnifique planète où Dieu nous a placés, et nous aimons l’humanité qui l’habite, avec tous ses drames et ses lassitudes, avec ses aspirations et ses espérances, avec ses valeurs et ses fragilités ». Intranquille, inconfortable.

Dieu sait que les propos du pape ne sont pas  Lire la suite…

Forum des Initiatives du Ceras – Heureux les sobres !

Tribune du Ceras

Le changement climatique fait déjà son œuvre, les liens sociaux se fragilisent : face à de tels défis, chacun peut éprouver une certaine impuissance. Pourtant, « nous chrétiens, avons les meilleures raisons de nous mobiliser : non pas la peur mais l’espérance qui jaillit de notre regard sur le Création » plaide Fabien Revol (La Croix du 27/03/2015). Entrer dans une dynamique d’espérance en analysant Lire la suite…

La famille d’aujourd’hui

Par Paul Champsaur
Le phénomène frappant c’est la baisse du nombre de personnes par ménages. Le nombre moyen était de 3 il y a une quarantaine d’années. Il tend aujourd’hui vers 2. Du coup l’accroissement du nombre de ménages est plus rapide que celui de la population et contribue à la demande de logements. Les ménages (28 millions) sont répartis en trois groupes à peu près égaux : les ménages comptant au moins 3 personnes, les ménages de 2 personnes, le plus souvent un couple, enfin les ménages d’une personne seule. Le vieillissement n’y est pour rien car les couples âgés vivent plus longtemps ensemble avant veuvage. La principale raison c’est la réticence plus grande de nos compatriotes à s’installer en couple, puis la rupture plus fréquente de celui-ci. Lire la suite…

mondialisation et fiscalité

Mondialisation, entreprises et institutions

Par Paul Champsaur

La mondialisation diminue le pouvoir des Etats. Ce sont les acteurs de celle-ci, le plus souvent privés qui y gagnent. Les domaines concernés sont nombreux : environnement, régulation financière, lutte contre la fraude, placements des riches particuliers, fiscalité…

Je prendrai l’exemple de la fiscalité sur les grandes entreprises. L’internationalisation croissante de celles-ci leur donne la possibilité de payer de moins en moins d’impôt. Elles peuvent faire apparaître une grosse part de leurs bénéfices mondiaux dans les pays où la fiscalité est faible. Les États-Unis Lire la suite…

système de santé français

La Sécu, jusqu’où ? Quelle solidarité et quel soin pour notre système de santé ?

Par Mathieu Monconduit

Paradoxe : les Français sont extrêmement attachés à leur système de santé, mais s’alarment d’une hausse de la CSG et expriment, à l’égard des médecins, de l’industrie pharmaceutique et des vaccins en général une méfiance de plus en plus grande. Seraient-ils prêts à adhérer, aujourd’hui encore, au principe de solidarité qui le fonde ?

Alerte : le personnel soignant manifeste les signes d’un malaise profond (harcèlement, addictions) mais reste attaché à son statut et Lire la suite…

capitale de la culture européenne

La capitale européenne de la culture est-elle à la Silicon Valley ?

Par Antoine Arjakovsky

C’est avec cette question provocante qu’Alain Guillemoles, journaliste à La Croix, a interrogé le 27 septembre dernier au Collège des Bernardins trois personnalités réunies par les Semaines sociales de France et par le Pôle de recherche du Collège des Bernardins : Bruno Racine, écrivain, ancien président de la Bibliothèque Nationale de France ; Hubert Tardieu, conseiller du président d’ATOS ; Henri Verdier, directeur interministériel du numérique et du système d’information de l’Etat français.

Il serait vain de vouloir présenter l’ensemble des réponses qui ont été apportées à cette question par les 3 intervenants au cours d’une soirée qui fut riche en idées. Je retiens pour ma part trois réflexions. Lire la suite…

Conventions démocratiques : la démocratie, une convention ?

Par Philippe Segretain 

Efficacité  du cadre choisi, le Président de la République sait encadrer son propos, au Louvre lors de son élection ou, cette semaine, à la Sorbonne ; il enracine ainsi la vision qu’il propose dans la pierre, dans le temps long. Pour présenter son projet pour l’Europe cette mise en valeur était légitime.

La démonstration a pu ainsi se dérouler, en mêlant sans ruptures lyrisme et propositions opérationnelles. Elle s’est appuyée sur l’histoire, et sur les mutations que nous vivons. Lire la suite…

La croissance

Par Paul Champsaur

L’histoire économique de l’après-guerre décrit l’affaiblissement progressif mais continu de la croissance. Pendant les 30 années qui ont suivi la libéralisation, la croissance en France et en Europe occidentale fut proche de 5% l’an. Pendant les 30 années après le premier choc pétrolier, elle ne fut plus que d’environ 2% l’an. Ce fut général en Europe occidentale avec une croissance du chômage dans l’Europe du Sud, dont le taux s’établit environ 4% au-dessus de celui de l’Europe du Nord. Depuis la grave crise de 2008, la croissance est plus faible encore : à peu près 0,4% l’an en France et dans la  zone euro sur les 9 ans de 2008 à 2016.

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