système de santé français

La Sécu, jusqu’où ? Quelle solidarité et quel soin pour notre système de santé ?

Par Mathieu Monconduit

Paradoxe : les Français sont extrêmement attachés à leur système de santé, mais s’alarment d’une hausse de la CSG et expriment, à l’égard des médecins, de l’industrie pharmaceutique et des vaccins en général une méfiance de plus en plus grande. Seraient-ils prêts à adhérer, aujourd’hui encore, au principe de solidarité qui le fonde ?

Alerte : le personnel soignant manifeste les signes d’un malaise profond (harcèlement, addictions) mais reste attaché à son statut et à sa pratique… quand il ne quitte pas la profession, laissant les déserts médicaux s’amplifier, au détriment des populations les moins nanties.
Alerte encore sur le développement des OCAM non pas tant parce qu’elles introduisent le loup du privé dans le système mais parce que, très concrètement, elles creusent les inégalités d’accès aux soins.

La démarche du groupe « bioéthique et santé » des Semaines sociales de France qui exerce depuis huit ans une veille active dans ce domaine consiste à partir de ces alertes et de ces paradoxes pour analyser notre système de santé et proposer des orientations.
Notre conviction maintenant établie est que ce système souffre d’une technicisation croissante au détriment d’une culture du soin, du care. Cette option technique qui se traduit par une approche essentiellement comptable de notre système de santé a été prise au fil du temps par défaut, parce qu’elle est apparemment simple et rassurante. Le problème est qu’elle s’avère extrêmement coûteuse et peu humanisante. En effet les multiples mutations de notre société – vieillissement de la population, individualisme accru, croissance exponentielle du coût du soin – risquent de faire exploser, à terme, notre dispositif de solidarité.

Il est temps d’interroger notre système de santé non plus sur son fonctionnement mais sur son sens même. Quel est en effet le but de notre système de santé ? Solidarité ? Soin ? Jusqu’où ? A quelles conditions ? Comment concevoir une politique cohérente en la matière ? En négligeant le soin au profit de la technique de soin – censée être plus efficace et mieux mesurable – nous commettons une tragique et coûteuse erreur . Tragique parce que cette option est aveugle et qu’elle méprise le sens du soin, coûteuse parce que, lorsque l’on tente d’en modérer le coût, on méprise l’efficience, on aboutit non pas à mieux faire mais à faire pour moins cher, ce qui ouvre à toutes les dérives.

Il faut élaborer une politique de santé où « care » et « cure » se renforcent au lieu de s’exclure. Où la solidarité et la responsabilité peuvent dialoguer. Où la pratique du soin prend en compte les valeurs, si singulières soient-elles, du patient. Où la préoccupation d’efficience des soins auprès de publics défavorisés demeure le test majeur d’une politique de santé réussie, voire même son modèle.

Dès lors des pratiques sont interrogées, comme la tarification à l’activité, le paiement à l’acte, le sous-investissement dans la prévention, la séparation des secteurs sanitaires et sociaux – et d’une manière générale toutes les pratiques aboutissant à des activités conduites et traitées en silos – les privilèges consentis aux plateaux techniques. Et des pratiques innovantes mais encore marginales, comme les PASS, ou la prise d’initiative territoriale en matière de coordination des acteurs, sont valorisées.Car ces « bonnes pratiques » permettent d’imaginer comment coordonner les acteurs afin de construire, à hauteur d’homme, un vrai parcours coordonné du « prendre soin ». De donner des indications sur le bon niveau territorial à retenir pour concevoir cette mise en réseau, les évaluations et régulations à mettre en place. Les outils, numériques ou non, dont il faut se doter pour évaluer et orienter.

Dans le livre « La Sécu, jusqu’où ? Quelle solidarité et quel soin pour notre système de santé ? », on trouvera tout d’abord les Actes d’une journée d’études qui s’est tenue en mai dernier à Strasbourg avec trois orateurs invités – Christian Léonard, Pierre Giorgini et Alain Cordier et 13 contributions d’horizons divers, ensuite le rapport « Mieux dépenser pour la santé de tous », élaboré en 2013 par les Semaines sociales de France et son actualisation en 2016.

Contacts :
Mathieu Monconduit, membre du CA des SSF, médecin hématologue, pilote du groupe « bioéthique et santé » des SSF : mathieu.monconduit@orange.fr
Marie-Jo Thiel, médecin, théologienne moraliste, professeur à l’université de Strasbourg, membre du groupe des SSF : mthiel@unistra.fr,
Jean-Pierre Rosa, membre du groupe des SSF : jrosa@wanadoo.fr

 

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Table des matières

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