icône personne âgée marchant avec une canne

La fin de vie, un marché ?

Par Mathieu Monconduit

Un sous-produit de la Silver Economy (l’économie des « cheveux gris ») est promis à une belle expansion, digne d’intérêt pour les fonds d’investissement : celui de la fin de vie. Pensez donc, la cible concernée est :

  • stable en volume, renouvelée chaque année
  • aisément identifiable : les personnes en fin de vie, sont maintenant regroupées dans des lieux adéquats, établissements de santé (hôpitaux, cliniques ) ou d’hébergement ( EHPAD), et cela souvent à l’encontre de leur propre souhait, mais pour répondre aux désirs de familles éclatées ou des soignants .
  • très consommatrice de soins : la longueur des ordonnances augmente avec l’âge, et une série de nouveaux médicaments apparaissent pour prévenir ou contrôler maladies chroniques et infectieuses, au bénéfice des industriels mais au risque de l’inefficacité ou de la toxicité (10 à 20 000 morts pas an).
  • créatrice d’emplois : conséquences de ces succès thérapeutiques : la plupart des impétrants passent par la case « dépendance », vivier d’emplois encore accessibles à des personnes peu qualifiées, et objet d’investissements de groupes internationaux.
  • solvable : les retraités ont fait orienter à leur profit nombre d’arbitrages concernant l’emploi des ressources de la Sécurité Sociale ou la répartition des bénéfices des entreprises.

C’est un marché conséquent : 10% du total des dépenses remboursées par l’Assurance Maladie le sont pour la dernière année de vie, sans compter ce qui reste à la charge des personnes.

Les filières sont nombreuses pour médicaliser davantage ces fins de vie, en repousser l’achèvement: séjours en réanimation, essais thérapeutiques ciblés sur les « vieux », greffes de cellules embryonnaires, cœur artificiel. Elles ont en commun d’être portées par des intérêts industriels et financiers majeurs et de réduire le temps de vie à domicile.

Pour encadrer ce marché, il faudrait une analyse de la cohérence des décisions prises au cours de cette période, où interviennent successivement des équipes distinctes, tant médicales que médico-sociales ; cette analyse fait défaut. En particulier la place des soins palliatifs, pourtant reconnus comme source de confort et d’efficience, n’est pas discutée, ni même envisagée. Cette opacité est alimentée par le non-dit de la mort (seuls 5% des résidents des EHPAD ont rédigé des directives anticipées). Ces incohérences dans la prise en charge de la fin de vie contribuent à accélérer une mort sociale, où la volonté des personnes peut ne plus être respectée, et à induire une perte du sens du vivre ensemble, de l’accompagnement jusqu’à la fin de vie.

Mathieu Monconduit, Médecin hématologue, est membre du conseil des Semaines sociales de France et du groupe de recherche des SSF sur les questions de santé.

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2 Commentaires

  1. Bellem

    Ah oui mais grand Dieu, les catholiques refusent l’euthanasie. Alors oui, entretenons nos vieux jusqu’au bout. Après on s’étonne qu’il n’y ait pas de place pour nos jeunes. Et vive les déficits publics car ce sont les vieux qui coûtent chers à la sécu, pas les jeunes en bonne santé. Mais bon, c’est tabou de le dire.

  2. ROSA

    Le commentaire est intéressant car il est emblématique du fonctionnement d’un préjugé.
    Le préjugé de Bellem est simple : ce sont des cathos (où a-t-il vu cela d’ailleurs ? si l’inspiration de ce blog est chrétienne, nous accueillons d’autres familles de pensée) donc s’ils parlent de la fin de vie c’est qu’ils parlent d’euthanasie et c’est pour dire qu’ils sont contre.
    Or ce n’est absolument pas le sujet de l’article qui, comme Bellem, parle de marché et donc d’économie, voire de déficits :
    Je cite : « Les filières sont nombreuses pour médicaliser davantage ces fins de vie, en repousser l’achèvement: séjours en réanimation, essais thérapeutiques ciblés sur les « vieux », greffes de cellules embryonnaires, cœur artificiel. Elles ont en commun d’être portées par des intérêts industriels et financiers majeurs et de réduire le temps de vie à domicile. »
    Et qui paie ? La sécu, bien sûr. Et c’est, comme le dit l’auteur, incohérent.
    Les préjugés sont embarrassants parce qu’ils aveuglent la lecture et empêchent de le dialogue.
    Bellem pourrait-il relire l’article et, si le cœur lui en dit, se reporter à l’étude citée dans le corps du texte ?

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