La famille d’aujourd’hui

Par Paul Champsaur
Le phénomène frappant c’est la baisse du nombre de personnes par ménages. Le nombre moyen était de 3 il y a une quarantaine d’années. Il tend aujourd’hui vers 2. Du coup l’accroissement du nombre de ménages est plus rapide que celui de la population et contribue à la demande de logements. Les ménages (28 millions) sont répartis en trois groupes à peu près égaux : les ménages comptant au moins 3 personnes, les ménages de 2 personnes, le plus souvent un couple, enfin les ménages d’une personne seule. Le vieillissement n’y est pour rien car les couples âgés vivent plus longtemps ensemble avant veuvage. La principale raison c’est la réticence plus grande de nos compatriotes à s’installer en couple, puis la rupture plus fréquente de celui-ci.

La proportion de couples dans la population baisse et celle des couples mariés plus encore : en 1975, 96% des couples cohabitant s’étaient mariés, ils ne sont plus que 72% aujourd’hui et ce chiffre continue à baisser. Les ruptures de couple ont augmenté régulièrement. Comme la majorité des personnes séparées ne se remettent pas en couple rapidement, le nombre de personnes seules, surtout des hommes, s’accroît ainsi que le nombre des familles monoparentales (dont le parent est le plus souvent une femme). Celles-ci représentaient environ 8% du total des familles en 1975, contre plus de 20% aujourd’hui. Le taux de pauvreté des familles monoparentales est plus du triple de celui des autres familles car le revenu féminin est sensiblement inférieur du revenu masculin. Au total plus de 25% des enfants ne vivent pas avec leurs deux parents. En ajoutant les ménages d’une personne seule et les familles monoparentales on obtient plus de 12 millions de ménages avec un seul adulte.

Pourtant la vie en couple attire toujours autant. 95% des personnes âgées de 26 à 65 ans vivent ou ont déjà vécu une relation amoureuse qu’ils considèrent comme importante et 90% d’entre eux cohabitent ou ont déjà cohabité. Vivre ou avoir vécu en couple est aussi fréquent qu’autrefois. Par contre les couples se forment de plus en plus tard et se séparent davantage. Aujourd’hui plus d’un quart des personnes âgées de 26 à 65 ans ont vécu au moins deux unions cohabitantes. Former une nouvelle union après une séparation est fréquent mais est étalé dans le temps. Quinze ans après une séparation qui a eu lieu entre 25 et 50 ans, 87% des hommes et 79% des femmes ont reformé une union.

Qu’en est-il des enfants ? L’âge moyen au premier mariage s’est accru de 10 ans en quarante ans. Du coup, le nombre de naissance hors mariage atteint la moitié du total des naissances. Le nombre d’enfants par femme qui avait moins baissé en France qu’en Allemagne ou dans le sud de l’Europe est remonté au voisinage de 2, presque le niveau qui assure le renouvellement des générations, c’est le niveau le plus élevé en Europe. Pourtant le nombre d’avortements (200 000 par an) est significatif et la contraception d’urgence (pilule du lendemain) s’est développée. L’âge moyen des mères au premier enfant est passé de 24 ans en 1970 à 30 ans aujourd’hui. Le temps séparant deux naissances successives, de l’ordre de 4 ans, n’a pas varié. Il semble que les femmes françaises réussissent à avoir à peu près le nombre d’enfants qu’elles souhaitent et quand elles le veulent. Les femmes ont adopté les moyens de contraception, retardé leur mise en couple et la première naissance. La plupart des changements ont été amorcés par les femmes les plus diplômées : vie seule, non-contractualisation, fécondité plus tardive et plus basse. Les femmes moins diplômées ont suivi avec un décalage.

Nous vivons dans une société beaucoup plus individualiste que celle de nos parents.
Par Paul Champsaur, haut fonctionnaire français, ancien directeur général de l’Insee et ancien président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP).

 

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