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Inégalités d’espérances de vie

Par Paul Champsaur

L’espérance de vie à la naissance s’accroît depuis plus d’un siècle d’au moins deux à trois mois par an. La France fait partie des pays ayant la plus forte espérance de vie (82 ans). La mortalité étant maintenant très faible pour les enfants et les jeunes adultes, sa baisse actuelle concerne les personnes âgées. L’écart d’espérance de vie entre les femmes et les hommes, élevé en France, se réduit. Il était de 8,2 ans en 1994. Il est de 6 ans en 2015. On ne sait pas à quel rythme l’espérance de vie continuera à croître à l’avenir, ou bien si elle plafonnera. Dans la suite, afin d’analyser les écarts entre catégories sociales et entre diplômés, je ne traiterai que de l’espérance de vie à l’âge de 35 ans. Que l’espérance de vie soit calculée à la naissance ou à 35 ans ne modifie pratiquement pas l’écart femmes-hommes.

Pour les hommes les écarts entre catégories sociales et diplômés sont assez élevés. Ainsi l’écart entre hommes cadres et ouvriers est de 6,3 ans (6 ans 30 ans plus tôt). De même l’écart entre diplômé de l’enseignement supérieur et sans diplôme est de 7,5 ans. Il faut noter que l’écart entre diplômé de supérieur et titulaire d’un CAP ou d’un BEP (3,5 ans) est inférieur à l’écart entre cette catégorie et les sans diplôme (4ans). On aimerait décomposer ces écarts entre l’effet de conditions de travail plus difficiles (accidents, maladies, expositions, professionnels) et ce qui relève de comportements différents. Les ouvriers consomment plus d’alcool, fument plus, sont plus souvent obèses et consultent moins. Malheureusement une telle décomposition serait difficile et n’est pas disponible.

La situation des femmes est différente. D’abord, l’espérance de vie des ouvrières est supérieure à celle des hommes cadres d’environ un an. Les femmes vivent plus longtemps que les hommes quelle que soit leur catégorie sociale. Les femmes disposeraient d’avantages biologiques expliquant en partie leur espérance de vie plus longue. Cependant, les ouvrières consomment moins d’alcool, fument moins, bénéficient d’un meilleur suivi médical que les hommes cadres. Pour les femmes les écarts entre catégories sociales ou diplômés sont à peu près la moitié de ce qu’ils sont pour les hommes. L’écart entre femmes cadres et ouvrières est de 3 ans. Cela signifie que l’écart femmes-hommes est sensiblement plus marqué dans le monde ouvrier (8 ans) ou chez les faibles diplômés que chez les cadres (4 ans). Si l’espérance de vie des ouvriers remontait de façon que son écart avec l’espérance de vie des ouvrières soit le même qu’entre femmes cadres et hommes cadres, alors l’écart d’espérance de vie entre ouvriers et hommes cadres ne serait plus que de 3 ans.

Ces différences se reportent sur la durée moyenne de la retraite. Un cadre peut espérer jouir d’une retraite plus longue de quelques années que celle d’un ouvrier. Les retraites perçues par les femmes sont en quelque sorte subventionnées par les hommes et celles des cadres par les ouvriers. Faut-il avancer l’âge de la retraite des ouvriers par rapport à celle des cadres ? Ce serait très compliqué. Il y a beaucoup de catégories sociales et certaines sont très hétérogènes. En outre on voit mal comment traiter la différence femmes-hommes.

Paul Champsaur

NB: les chiffres sont ceux de l’INSEE

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