Donald Trump et Laudato Si

Tous les 15 jours, retrouvez Pierre-Yves Stucki et sa chronique sur la pensée sociale et l’actualité, au micro de Paul Keil sur Radio Jérico.

À partir de la chronique du 19 juin 2017.

 

Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour que le président américain Donald Trump tienne l’une de ses promesses de campagne, en annonçant, le jeudi 1er juin, que les États-Unis sortaient de l’accord de Paris sur le climat.

Cette déclaration a suscité aussitôt des réactions indignées à travers le monde et les articles se sont multipliés dans la presse et sur internet pour traquer les approximations, sinon les erreurs, du discours. Sur le plan politique, certains ont pu y voir un « mal pour un bien », puisque cette décision entraînait, en sens inverse, une réaffirmation par de nombreux responsables de leur engagement pour le climat dans le cadre de l’accord signé à l’issue de la COP 21.

Pourtant, ce qui était frappant, dans le discours du président Trump, c’est que, de manière assez surprenante, il n’y avait pas à proprement parler de remise en cause du défi environnemental. Oh, bien sûr, il ne faut sans doute pas accorder trop de crédit à « l’idéal environnemental » qu’il invoque, mais tout de même ! On connaissait Trump suffisamment climato-sceptique pour qu’il attaque frontalement le principe même de l’accord de Paris, or il ne l’a pas fait. Il a concentré ses critiques sur le préjudice économique que cet accord causerait à son pays.

Il fut un temps où la grandeur de l’Amérique se mesurait à sa capacité à se soucier de ce qui se passait ailleurs dans le monde : « Ich bin ein Berliner » lançait Kennedy. Son président cherche désormais sa grandeur dans son isolement, opposant les électeurs de Pittsburgh et ceux de Paris – comme si l’accord de Paris avait pour but de défendre les intérêts de la ville de Paris. On est ici au-delà même de l’isolationnisme que les Etats-Unis ont déjà connu, mais dans le recours au sentiment nationaliste.

Il se trouve que cette annonce coïncidait, à quelques jours près, avec le deuxième anniversaire de la publication de Laudato Si, le 18 juin. Cette encyclique du pape François a connu un retentissement comme rarement un texte du Magistère en a connu. On l’a présentée comme la première « encyclique verte » mais c’est très réducteur. Non seulement ce n’était pas le premier texte du Magistère à se préoccuper de la question environnementale, mais encore elle ne se contentait pas d’observer la situation dramatique de notre environnement. Elle analysait la « racine profonde du mal » et la trouvait dans le paradigme technoscientifique qui s’était imposé. Elle adoptait une pensée systémique où « tout est lié » et, face aux nombreux défis auxquels l’humanité est confrontée, démontrait qu’il était illusoire de prétendre régler l’un en l’opposant aux autres.

Le sous-titre de l’encyclique synthétisait ce propos. Il n’était pas seulement question de préserver l’environnement ou, pour adopter un vocabulaire plus théologique, la Création, mais de sauvegarder « la maison commune »  – ce monde qui est commun aux électeurs de Pittsburgh, de Paris et de tous les autres pays.

L’erreur fondamentale de Donald Trump, ce n’est peut-être pas tant de sortir de l’accord de Paris, que de faire croire qu’il pourrait ainsi mieux préparer l’avenir de son propre peuple en le détachant du sort des autres. Le pape François mettait justement en garde dans Laudato Si sont cette « même logique qui entrave la prise de décisions drastiques pour inverser la tendance au réchauffement global, ne permet pas non plus d’atteindre l’objectif d’éradiquer la pauvreté. » Pour le dire autrement, M. Trump veut sortir de l’accord de Paris pour des raisons essentiellement économiques. Ce faisant, il accorde le primat à la finance. Or il n’y a strictement aucune raison de penser que le secteur financier recherche à réduire les fractures sociales ou à lutter contre la pauvreté.

On en a eu l’illustration dès le lendemain de sa déclaration en voyant M. Trump retweeter l’article de FoxNews qui se réjouissait de voir la bourse de Wall Street faire un bond après l’annonce de la sortie de l’accord de Paris. Avec leur cynisme coutumier, les milieux financiers n’ont pas eu de complexe à signifier que l’opération allait surtout leur profiter à eux. « Nul ne peut servir deux maîtres », nous prévenait déjà l’évangile de Matthieu, « vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent ». Parmi ce que l’histoire pourra porter au crédit du pape François, il y a certainement le rappel incessant de cette mise en garde évangélique.

Laudato Si ne s’est pas contenté d’ajouter un chapitre environnemental à la doctrine sociale. Le texte a véritablement incorporé la prise en compte de notre environnement à la question sociale avec l’idée qu’« une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. »

Deux ans après sa publication, il faut continuer à lire, méditer et faire connaître Laudato Si, « cette longue réflexion, à la fois joyeuse et dramatique ». Par son rappel de la destination commune des biens, elle constitue le meilleur antidote autant à la mainmise de la finance et des intérêts économiques particuliers, qu’à la tentation nationaliste qui a refait surface ces dernières années.

 

 

(illustration : photo White house
sous licence CC-BY)

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