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Entre vie privée et sécurité il nous faudra choisir

Par Jean-Paul Pinte

Récemment Apple a refusé de se plier à une injonction judiciaire exigeant qu’il aide le FBI à accéder au contenu d’un iPhone utilisé par l’un des auteurs de l’attentat qui a fait quatorze morts dans la tuerie de San Bernardino début décembre 2015 en Californie. Cette bataille entamée entre Apple et le FBI ne doit pas nous faire oublier que c’est surtout de l’avenir de notre vie privée dont il en va aujourd’hui.  Qu’importe  le type de Smartphone, la tablette, l’ordinateur ou encore la montre connectée que nous possédions. Les données sont toujours à un moment donné quelque part : sur la toile, sur un serveur mais c’est au moment de justifier de la question de leur accès que tout se complique, comme si on ne pouvait plus y entrer et que la sécurité était soudainement devenue imparable.

L’exemple de l’annulation d’un compte sur le réseau social comme Facebook en est le cas le plus pertinent.  Votre compte sera virtuellement supprimé mais restera la propriété de Facebook aux USA.  Impossible de vous y reconnecter par la suite, seule une enquête ou investigation menée contre vous et à la demande des services d’ordre pourrait nous faire comprendre que tout reste accessible malgré tout et que vos données sont verrouillées à un endroit précis. Ainsi, suite à la tuerie de San Bernardino, la police fédérale a tenté d’accéder en vain au contenu de l’iPhone de Syed Farook. Jusqu’à ce jour, avec les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de la NSA, Apple était au yeux de notre société le champion de la protection de la vie privée s’attelant sans cesse à concevoir des Operating Systems de plus en plus sophistiqués et dits inviolables.

On sait pertinemment que dans les enquêtes de Gendarmerie et de Police il est possible de retrouver et de restaurer le contenu d’une corbeille vidée après en avoir fait sauter le verrou ou encore les mots de passe de l’ordinateur incriminé. Il en va autrement ici dans ce dossier qui met en avant l’un des grands d’Internet.  Une sorte de blocage de la part d’Apple face  à la demande du FBI qui lui demande d’accéder au contenu du smartphone, de l’aider à entrer dans l’appareil, au moyen d’une « backdoor » (porte dérobée).

Tim Cook, président d’Apple, a refusé de créer un tel système, au nom de la sécurité des données de ses clients. Dans une lettre, il explique : « le gouvernement suggère que cet outil ne pourrait être utilisé qu’une seule fois, sur un seul téléphone. Mais c’est faux. Une fois créée, cette technique serait réutilisable à l’infini ». Pour le président d’Apple, ce serait « l’équivalent dans le monde physique d’une clé maître, capable d’ouvrir des centaines de millions de serrures ». Un expert en sécurité comme Bruce Schneier va aussi dans ce sens et nous éclaire sur ce point de vue en s’opposant également aux “backdoors” pour la simple raison qu’il s’agirait d’une future « faille », exploitable « par les cybercriminels », mais aussi par d’autres Etats.

Que croire alors dans ce bras de fer qui oppose aujourd’hui Apple et FBI si ce n’est qu’il sera difficile au delà du cas de San Bernardino d’imaginer qu’il n’existera pas un jour des portes dérobées pour certaines catégories de délits comme par exemple le terrorisme, le trafic de drogue, le cyber-harcèlement. Ce que demande le FBI à Apple signale Tim Cook, son président, serait comme un cancer pour son pays. Pour lui, « ce qui est en jeu ici, c’est: est-ce que le gouvernement peut forcer Apple à créer un logiciel qui à notre avis rendrait des centaines de millions de consommateurs vulnérables dans le monde […] et piétinerait les libertés civiles qui sont la fondation de ce pays ».

En attendant, d’après le New York Times, qui cite des sources proches du dossier, les ingénieurs d’Apple seraient en train de développer de nouvelles mesures de sécurité rendant impossible à l’avenir de débloquer un iPhone de la manière dont le FBI veut le faire aujourd’hui en Californie. De même, après le dépôt auprès du tribunal de témoignages d’une trentaine d’acteurs en faveur d’Apple et d’une large coalition d’entreprises du Web, c’est l’ONU qui prend à son tour la parole pour exposer le danger qu’il y aurait à obliger la firme de Tim Cook à forcer l’accès à l’iPhone récupéré dans cet attentat. L’Organisation des Nations Unies met aussi en garde sur le risque d’ouvrir la boîte de Pandore dans ce débat. Cela pourrait avoir, en effet, des implications extrêmement dommageables pour les droits de l’homme pour des millions de personnes, incluant leur sécurité physique et financière.

Jean-Paul Pinte, Maître de conférences à l’Université Catholique de Lille, Chercheur au Laboratoire d’Innovation Pédagogique, Cybercriminologue

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