Châtiments corporels, légiférer ?

Par Jean-Pierre Rosa

Il y a de nombreuses années de cela, je me suis retrouvé en coopération dans un pays du Maghreb comme professeur de mathématiques. Arrivé au beau milieu de l’année, j’ai du immédiatement plonger dans la réalité d’un internat pour enfants … difficiles. C’était un collège. J’avais des 6° et des 5°

Première heure de cours houleuse. A la fin, un enfant vient me trouver : « Monsieur tu sais, il faut taper ! ». Un peu interloqué, je me renseigne auprès des surveillants et des autres profs. Je découvre que la pratique est non seulement autorisée mais répandue voire recommandée.

C’est donc muni d’une règle en fer que je poursuis mes cours, un peu gêné tout de même d’utiliser des méthodes qui me semblaient dépassées.

Mes élèves néanmoins m’aiment bien et, même s’ils sont réellement infernaux, moi aussi. Un jour un élève, sympathique mais effroyablement dissipé, me fait cette sortie étonnante avec un grand sourire alors qu’il venait de faire la énième bêtise de l’heure : « Toi, Monsieur, t’es comme mon père, tu peux taper ! ».

Je ne suis pas près d’oublier ces mots. C’était comme une déclaration d’adoption. Pour le tout jeune prof que j’étais, un vrai cadeau. Étrange certes, mais réel. L’enfant en question n’a pas énormément progressé, ni en résultats ni en discipline, mais il est resté un très bon ami.

Mais je ne suis pas près non plus d’oublier la remarque d’un autre enfant qui s’insurgeait contre une sanction – physique – que je m’apprêtais à lui infliger : « Tu peux taper, mais c’est tout de même pas juste ». Je m’en suis arrêté aussi sec. Comme quoi, lorsqu’on commence…

Tout ceci pour dire que les fameux « châtiments corporels » sont, pour une large part, de l’ordre du culturel et que leur utilisation relève du code. Mais que ceux-ci portent assez inévitablement et sournoisement à la maltraitance. Bien sûr leur abandon est en ce sens un progrès mais lorsque certaines cultures les acceptent, n’est-il pas plus utile de dénoncer et de poursuivre la vraie maltraitance que de « culpabiliser » et mettre hors de l’avouable et donc hors culture ce type de pratique ? Nous sommes prompts à légiférer mais est-ce bien par là qu’il faut prendre la question ? Ne serait-il pas plus utile de prévoir et de proposer un soutien au délicat métier de parent ?

Jean-Pierre Rosa, membre de l’équipe du blog

4 Commentaires

  1. Zaza

    Si on légifère dans cette matière, le législateur devrait également prévoir des peines pour les enfants pas sages et ce, dans le souci de respecter le sacro-saint principe d’égalité. Afin d’éviter les châtiments corporels, le corpus législatif pourrait prévoir des sanctions correspondant à la gravité de chaque bêtise, avec une marge d’appréciation laissée à la discrétion des parents dans un premier temps, puis du juge en cas de contestation. Privé de télé, suppression de l’argent de poche, vaisselle pendant une semaine, services rendus à la voisine âgée… L’accent serait mis sur le civisme. Par ailleurs, on pourrait envisager, dans certains cas, un choix laissé à l’enfant sur la punition à subir. Cette solution aurait l’avantage de proposer aux parents en manque d’imagination un éventail assez large de sanctions pouvant venir en lieu et place de la maudite fessée.

  2. vincent

    Finalement on devra finir par voyager au Maghreb pour mettre une correction à son horrible fiston en toute tranquilité !!!

  3. Prune

    Il est possible de fournir des repères sans frapper. Et ce n’est pas parce que telle culture est frappante qu’il y a lieu de l’adopter.

    J’avais, dans une classe, utilisé un truc efficace : s’enregistrer faisant cours, mettre le magnéto dans la classe dite difficile sur la table, et rester en silence jusqu’au moment où des élèves avaient dit que cette manière de faire cours leur était totalement insupportable et avaient demandé d’arrêter. Le cours a repris très vite, sans difficulté, et il n’y en a plus jamais eu. J’avais supprimé, avec le magnéto, « en faisant le mort », la possibilité de toute confrontation; or les jeunes ont besoin de confrontation corporelle, par la présence, pour se construire. L’idée m’était venue de mon père qui s’était enregistré et nous servait à table, quand quelque chose l’agaçait +++, sa phrase enregistrée « j’en ai ralbol, ralbol, complètement ralbol ». Cela se terminait dans les rires. Écouter vraiment ses émotions et les mettre à distance s’apprend en formation humaine et/ou littéraire. Travailler les règles de la communication, en particulier la différence entre l’intention dans ce que je fais ou dis et l’impact sur mon interlocuteur : mission des profs de Lettres?

    Il y a des enfants ou jeunes impossibles. Ils ne le sont pas par hasard.

    Ceci étant, le débat sur la fessée est assez débile, car il est des violences psychologiques moins visibles à l’œil nu et bien plus mortifères.
    Exemple : j’entendais- il y a une semaine- un jeune me dire qu’il avait reçu, en quelques mois, environ 200 textos de camarades de lycée conspuant ses origines à cause du nom qu’il portait. Ce jeune qui avait fait le dos rond m’a semblé en danger. Méfions-nous des claques morales chez des jeunes trop peu armés psychologiquement en termes de confiance en soi.

    Pour le soutien au métier de parents, se développent, en mairie, maison de la famille ou ailleurs, des groupes de paroles. Les conseillers conjugaux et familiaux sont formés à ce type d’animations de « soutien à la parentalité ». Encore faudrait-il que le gouvernement reconnaisse davantage leur fonction d’accompagnement dans le vivre ensemble.

  4. Jean-Pierre

    Au fond tu as raison Prune, ce débat sur la fessée est assez débile : les maltraitances psy sont en effet, a mon sens, bien plus sournoises et profondes que les maltraitances physiques, ces dernières n’étant, bien souvent, que la résultante des premières. Il est d’ailleurs à cet égard intéressant de voir que la plainte vient d’Angleterre, un pays connu pour des châtiments corporels jadis autrement plus violents qu’en France ou ailleurs.
    Mais c’est surtout le dernier paragraphe de ton commentaire qui est intéressant. Peux-tu en dire davantage ? Donner des liens ?
    Merci

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