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Violence boomerang

Par Dominique Quinio

« La crise du politique n’est-elle pas avant tout une crise de la parole ? », s’interrogeaient les évêques de France dans leur texte, publié à l’automne, qui invitait à retrouver le sens du politique. « Là où le conflit n’est pas dit, là où la vérité est transformée ou cachée, là risque d’apparaître la violence ». Et les évêques d’appeler à recourir au dialogue, au débat.

On en est tellement loin aujourd’hui – le mal est profond depuis de très longues années – dans certaines cités de banlieue, entre une partie de  la jeunesse et les forces de police. Un face-à-face haineux qui se traduit par des violences de part et d’autre, aggravant la tension et donnant du grain à moudre aux partisans d’un ordre musclé.

Pourquoi cet échec patent des gouvernements successifs? Des contrôles d’identité vécus comme du harcèlement visent certains jeunes sélectionnés « au faciès ». Si 16% des Français disent avoir été contrôlés dans les cinq dernières années, la statistique monte à 80% pour « des jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes », selon une enquête du défenseur des droits sur les relations entre population et police. Sans aller jusqu’à la violence criminelle, comme celles dont est soupçonné un policier contre le jeune Théo, à Aulnay-sous-Bois, beaucoup témoignent de méthodes humiliantes, de tutoiement systématique, de coups…

Théo devient ainsi, après d’autres, le symbole d’une profonde colère nourrie d’un sentiment d’injustice. A la fin de manifestations pacifiques de soutien et de protestation, se produisent des violences contre des personnes ou des biens. « Casseurs », militants extrémistes ou trafiquants désireux que les policiers n’envahissent pas leur territoire (à ce propos, il était gênant d’entendre sur une radio publique le témoignage de « dealers » revendiqués, accusant tel ou tel policier), à qui profite cette stratégie, cette violence en boomerang ? Certainement pas aux habitants de ces quartiers, exaspérés de se trouver englués dans ces cycles infernaux et empêchés de vivre.

Les forces de l’ordre, pour leur part, se trouvent soumises à des injonctions difficilement conciliables : assurer la sécurité, contrôler, interpeller et nouer le dialogue dans les cités. Lutter contre les trafics en tous genres, contre le terrorisme, et restaurer la confiance. Alors même que certains d’entre eux ont pu être victimes ou témoins de violences inacceptables, les frappant ou touchant leurs collègues.

S’invitant dans la campagne électorale, la violence urbaine appelle des réponses : des propositions toujours plus sécuritaires pour les candidats de la droite, des promesses en termes de « moyens », pour les représentants de la gauche. Coups d’épée dans l’eau, si les choses ne changent pas en amont, en matière d’urbanisme ou de logement afin que les mêmes populations frappées par le chômage ou la déscolarisation ne se trouvent pas ghettoïsées et « reléguées » dans certains quartiers, effort éducatif en direction des « décrocheurs », pour apprendre aux jeunes à prendre la parole, à se servir des mots plutôt que des injures, soutien pérenne au tissu associatif, formation approfondie des jeunes policiers, retour d’une police dite de proximité, sanctions « visibles » contre les fonctionnaires qui auraient failli à leur devoir, volonté médiatique de donner de ces cités une image moins désespérante (on aura ainsi noté l’initiative de mobiliser les jeunes pour qu’ils nettoient les dégâts causés par les casseurs).

L’affaire Théo (quelles que soient, au final, les conclusions de l’enquête) exprime un mal qui ne concerne pas les seules banlieues et nécessite un traitement profondément politique.

Dominique Quinio, Présidente des Semaines Sociales de France

 

 

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1 Commentaire

  1. Brigitte

    pour moi qui ai travaillé sur les quartiers, belle analyse de Dominique Quinio!
    merci

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