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Un autre logiciel politique

Par Dominique Quinio

On ne sait pas si la promesse de renouvellement dans la manière de gouverner (qui ne tient pas seulement à l’âge du capitaine et de ses équipiers) se vérifiera dans la durée. Si l’élection du président sera confirmé par la constitution, à l’issue des législatives, d’une majorité de députés labellisés La république en marche ; s’il aura besoin de l’appui de parlementaires issus des formations classiques décidés à ne pas jouer l’obstruction systématique. Peut- être est-il naïf de penser que l’expérience actuelle n’est pas qu’une stratégie conjoncturelle ; peut-être la preuve sera-t-elle apportée que le « ni de droite, ni de gauche », l’alliance des compétences politiques et civiles ne suffiront à reformer notre pays. Mais refusons le désabusement et faisons le pari de la réussite.

Ce qui est sûr, d’ores et déjà, c’est qu’il faut aux responsables politiques, comme à ceux qui les observent, et parmi eux les journalistes politiques, changer de « logiciel », comme on dit par ces temps numériques. Les premiers, y compris à l’intérieur du premier gouvernement Macron, ont à envisager leurs désaccords de manière positive, en essayant d’en tirer un consensus au bénéfice des Français, de tous les Français. A été étudiée à la loupe, cette semaine, la sortie conjointe du premier ministre Édouard Philippe, réputé peu sensible à l’écologie (il n’avait pas voté la loi sur la transition énergétique et apparaît, depuis son passage chez Areva, comme favorable au nucléaire) et de Nicolas Hulot dont c’est le combat permanent. Comment ces deux-là vont-ils arriver à une position et une action communes sur des dossiers brûlants ? C’est tout l’intérêt de l’exercice. Tous ceux qui ont été formés dans l’affrontement entre deux « blocs » bien identifiés (même si à l’intérieur de ces blocs se côtoyaient des conceptions différentes de la droite ou de la gauche) devront, de fait, prendre sur eux pour vaincre leurs vieux démons et, surtout, leur scepticisme quant à la viabilité des « cohabitations ».

Les commentateurs politiques, eux, n’ont pas encore fait beaucoup de chemin. Leurs analyses sur la composition du gouvernement consistent simplement à estimer qu’Emmanuel Macron, après avoir dynamité le parti socialiste, s’employait à lézarder l’unité des Républicains. Ils pourraient accepter l’idée que la première intention du président de la république était de constituer le meilleur gouvernement possible, dans un équilibre subtil d’âge, de sexe, d’origine, d’expérience politique… Et que ses choix compliquent la tâche des partis traditionnels. En deuxième intention, comment disent les joueurs de football.

Pour les citoyens qui mettent leur espoir dans les partis plus extrêmes, l’expérience d’aujourd’hui n’est qu’une version à peine ripolinée du « système » LR/PS. Le nouveau président et ceux qui ont une responsabilité politique, sociale, économique, syndicale, doivent impérativement faire la preuve qu’En marche, « ça marche ». Sinon d’autres (« qu’on n’a pas essayés », disaient leurs électeurs) récolteront les fruits de l’échec, de la frustration. Dès lors, il revient à chacun de nous – actif, retraité, engagé, acteur dans sa communauté de vie – de prendre la part qui lui revient pour qu’avance chez nous le principe du désaccord apaisé, de la négociation désintéressée, du dialogue constructif.

Dominique Quinio, présidente des Semaines sociales de France

Photo DR

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3 Commentaires

  1. Roussel

    C’est quoi le désaccord apaisé, la négociation désintéréssée, le dialogue constructif….à part le bla bla, « chrétiens de gauche » , le vide pseudo humaniste de la pensée dite « sociale » ? Que deviennent ces mots dans la rencontre par exemple avec le FN et les 34 % d’électeurs qui…?
    « En marche …toute » vers où ? Où est la terre promise ? La peur des soi-disant « populismes » (voir « Sinon d’autres… » ) , une fois de plus bien mise en oeuvre et exploitée par les médias etc…suffit elle à légitimer une élection, et aujourd’hui le soutien et l’engagement aveugle , dans le refus de tout vrai débat sur l’essentiel ?
    Grand merci aux évêques d’avoir choisi le silence dans cette comédie du mensonge, même si 36 d’entre eux se sont tout de même cru obligés de céder aux pressions de l’hypocrisie générale, dont les médias cathos. M.Macron continue à conduire son entreprise avec beaucoup d’intelligente habileté. Mais à l’oeuvre, on jugera l’ouvrier….
    La « pensée sociale » gagnerait à faire un sérieux et profond bilan de son vide actuel, révélé par ces élections.Là aussi…. un profond renouvellement gagnerait à se mettre « en marche » !

  2. CLAVIER

    « On retombe sur le point de savoir si « consensus » et « compromis » ont, ou non, le même sens. Pour ma part, j’en fais une, qui est d’importance.
    L’ISO (organisation internationale de normalisation) donne du consensus la définition suivante : « Un accord général caractérisé par l’absence d’opposition substantielle émanant d’une partie prenante importante et par un processus de recherche de prise en considération des vues de toutes les parties concernées et de rapprochement des positions divergentes éventuelles ». Cela implique que toutes les parties prenantes s’y retrouvent quelle que soit la partie du texte pour laquelle un « rapprochement » a eu lieu.
    Au contraire, dans un compromis, chaque partie prenante cherche à faire en sorte que tel point qu’elle défend (auquel elle accorde de l’importance) figure dans le texte, en acceptant qu’à d’autres endroits ce qui est retenu dans le texte n’ait pas son accord, mais il y a eu un donnant/donnant en tenant compte des forces en présence qui se promettent chacune de revenir à la charge pour que le point qu’elles défendent figure dans le texte lorsque l’état des forces en présence leur sera favorable.
    Un consensus est donc plus exigeant qu’un compromis, si ce n’est que l’obtention d’un consensus conduit souvent à ne pas parler de ce qui fâche (les points sur lesquels aucun « rapprochement » n’a été possible). » Bernard Billaudot (Forum d’Alternatives Économiques)

  3. JEAN

    De toute manière, parler (un peu) plus de ce qui marche , et moins de ce qui ne marche pas contribue à diminuer la tension qui « fabrique le pessimisme ».
    Et le pessimisme n’est pas une vertu

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