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Nationalisme climatique

Par Dominique Quinio

S’il est un domaine où Donald Trump, président des Etats-Unis, aurait dû renoncer à son credo favori, « America first » (sa « préférence nationale » à lui), c’est bien celui du dérèglement climatique. En effet, il est impossible de fermer les frontières, de dresser des murs pour contenir l’élévation de la température ou empêcher les cyclones de dévaster villes et campagnes, de construire des digues suffisantes pour empêcher le niveau des océans de monter… Des Etats américains sont déjà touchés par ces turbulences climatiques. Mais Donald Trump a quand même décidé de sortir de l’accord de Paris, signé en 2015 par 195 pays, sur lequel son prédécesseur Barack Obama s’était pourtant engagé. L’accord visait à limiter la hausse des températures à moins de 2 degrés. Pour le nouveau président des Etats-Unis, cet accord n’aurait qu’un but, recherché selon lui par les Européens : « brider l’économie américaine » ; et il serait trop favorable à la Chine et à l’Inde.
Sa décision a soulevé un tollé partout dans le monde mais, paradoxalement, semble renforcer la détermination des autres à agir. Aux Etats-Unis mêmes, citoyens, responsables politiques (gouverneurs ou maires) et entreprises – pas les moindres – sont prêts à suppléer à la défaillance du gouvernement. Poursuivant un chemin qu’ils ont déjà commencé à emprunter et dans lequel ils disent trouver – outre un mieux pour la planète – un intérêt économique majeur. Aux Etats-Unis, les contre-pouvoirs ne sont pas un vain mot.

Où l’on voit que le concept de préférence nationale, manié à l’envi par le candidat, puis appliqué en partie par le président, montre ses graves limites et son absurdité. Sur le plan moral, bien sûr : la grande puissance américaine peut-elle à ce point se désintéresser du sort des autres peuples et notamment des plus fragiles qui n’ont ni les moyens financiers, ni les savoirs techniques pour résister au réchauffement climatique ? Sur un plan géopolitique : les migrations climatiques ne feront qu’augmenter et, avec elles, les violences et les pressions sur les Etats moins menacés. Sur un plan pragmatique, enfin : la transition écologique, selon de nombreux experts, est un facteur de croissance et d’emplois. Le choix du président Trump « bride » l’avenir de son peuple ; il est un choix à court terme, à courte vue.

Le pape Paul VI, en 1967, (Popularum Progressio 62), parlait du nationalisme comme d’un « obstacle » qui s’oppose « à la formation d’un monde plus juste et plus structuré dans une solidarité universelle ». Il soulignait : « Il est normal que des nations de vieille culture soient fières du patrimoine que leur a livré leur histoire. Mais ces sentiments légitimes doivent être sublimés par la charité universelle qui englobe tous les membres de la famille humaine. Le nationalisme isole les peuples contre leur bien véritable ». La preuve !

Dominique Quinio, Présidente des Semaines Sociales de France

 

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2 Commentaires

  1. Odile PERFUMO

    Très bien. Sauf que 1°, bien souvent, on se rend compte que c’est le sentiment patriotique légitime qui est qualifié de nationalisme. Cette constatation n’exonère pas Donald Trump de sa responsabilité d’ouverture et de respect à l’égard du reste du monde… 2° la nature, en effet, se moque bien des frontières tracées par les hommes et le soleil, qui a ses crises périodiques, et le reste de l’univers, se moquent bien de nos « gaz à effet de serre ». On aurait donc tort d’appliquer précisément à cette polémique sur les « turbulences climatiques » les reproches de nationalisme égoïste, que Donald Trump mérite sur d’autres questions, notamment en politique internationale.

  2. JPR

    A Odile : 1 – J’aimerais bien savoir ce qu’est un sentiment patriotique légitime ? A bien y réfléchir, en dehors de l’estime que l’on peut avoir pour son pays, je ne vois pas. Dès qu’il se concrétise en actes, le sentiment patriotique devient vite … illégitime. 2. L’argument de la nature qui se moque bien de nos actions me semble doublement faux. Tout d’abord parce que si la nature « se moque » de nos actions, en revanche les autres humains non, et c’est là que l’égoisme national est coupable. Mais on peut aussi penser que la nature va vers le plus complexe pour monter en vitalité et en conscience. C’est ce que nous apprennent les sciences du vivant et ce qu’admet assez bien tout un courant philosophique et théologique dont le représentant le plus connu – mais pas le seul – est Theilard de Chardin. En ce sens, toute « atteinte » à la complexité du vivant, tout déséquiliblre de la biosphère n’est pas seulement dangereux pour nous mais aussi criminel vis à vis de la création que nous devons non pas dilapider mais « garder ».

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