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Les particules fines, un enjeu de santé publique

Par Jean-Pierre Rosa

Le 21 juin dernier, l’organisme Santé publique France, publiait une étude estimant à 48 000 décès par an l’impact de la pollution atmosphérique par particules fines en France. Soit une perte d’espérance de vie qui se situe entre 9 et 15 mois selon que l’on habite en ville ou dans des zones rurales de densité urbaine faible. Si l’agglomération parisienne rejoignait le peleton de tête des 5 % de communes les moins polluées, le gain d’espérance de vie serait de près de deux ans.

Il est étonnant que cette étude n’ait pas soulevé une véritable mobilisation comme cela avait été le cas pour la canicule de 2003 qui n’avait fait « que » 15000 morts. Or il s’agit d’un enjeu de santé publique de tout premier plan, bien plus important que celui de la canicule que l’on savait pouvoir éviter en grande partie et qui ne revient pas tous les ans comme un métronome !

Il est symptomatique que la presse se soit saisie de ce problème sanitaire comme une question environnementale et non pas, comme le voulait l’étude, comme un problème de santé publique, au même titre que le cancer ou les maladies cardio-vasculaires.

Cela est peut-être dû au fait que notre rapport très technique avec une médecine réparatrice fait que nous avons peu à peu perdu de vue l’idée que la première forme du travail de santé publique est la prévention, non le soin.

Le facteur polluant majeur pointé par l’étude est le transport, diesel en tête. Les mesures qui pourraient être prises pour taxer les pollueurs ou inciter à une transition énergétique moins polluante devraient en partie bénéficier à un programme cohérent et coordonné de prévention sanitaire. Car s’il faut avoir des programmes ambitieux et globaux de transition énergétique c’est aussi à chacun de prendre en charge sa propre santé par un apprentissage de tous les jours des gestes qui, quotidiennement, rendent la vie plus heureuse et plus longue. Ce que l’on appelle la prévention.

Jean-Pierre Rosa, membre des SSF

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1 Commentaire

  1. Mathieu Monconduit

    Sur le communiqué de presse lui même, j’ai trois difficultés:

    -l’affirmation du poids identifié d’un unique facteur de perte d’espérance de vie , alors que l’on sait qu’une mort prématurée est favorisée , habituellement par de multiples facteurs associés….ce que d’ailleurs laisse entendre la fin du communiqué lui même: »Le programme de surveillance air et santé de Santé Publique France sera élargi à l’étude des maladies en lien avec la pollution, comme les pathologies cardio-vasculaires, le cancer et l’asthme. »

    -il faut être un peu déconnecté des réalités des services d’urgence, et de pneumologie, pour dire  » les pics de pollution ayant un effet marginal. »

    -je ne comprends pas qui a une espérance de vie non réduite, puisque , où que l’on habite, notre espérance de vie est réduite par la pollution.. Comment alors définir l’espérance de vie non réduite?

    Il y a surement à dire sur la nocivité de la pollution , des particules fines notamment , mais un peu de rigueur serait bienvenue dans la démonstration.

    Jean Pierre, tu as raison de pointer quelques incohérences, qui peuvent ouvrir à d’autres développements:

    -les morts lors de la canicule: ils étaient « visibles », assez facilement dénombrables, contrairement à ceux , insidieux et en partie recouverts par d’autres facteurs , de la pollution

    -pour la canicule, plutôt que de rappeler aux familles qu’elles avaient un devoir à l’égard de leurs vieux, on a cherché, et trouvé, un bouc émissaire, le ministre de la santé, transformant un déficit familial ( de care au fond?) en déficit institutionnel de santé publique.

    -Prévention et santé publique. Les facteurs de risque mis en évidence par les épidémiologistes de santé publique ne constituent qu’une connaissance scientifique supplémentaire. Ils ne représentent pas, ispo facto, un élément déterminant une modification des comportements des individus. Modifier son comportement , avec l’espoir de rendre sa propre vie plus longue et protégée de certaines maladies, comme le proclament les statistiques des épidémiologistes, reste le plus souvent à l’état d’intention jusqu’à la survenue d’un événement nous affectant personnellement ( décès d’un proche lié à l’un de ces facteurs de risque, pression familiale…). Si de plus ce changement de comportement n’a pas d’effet sur notre propre santé , mais peut être sur celle des autres ( par exemple fumer dans les espaces publics, avoir un véhicule polluant…), alors celui ci viendra plutôt d’une évolution réglementaire en raison de son caractère contraignant..

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