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510 Millions d’Européens, et nous et nous et nous …

Par Dominique Quinio

L’année 2015 fut pour l’Union européenne statistiquement inédite. Doublement inédite, même. Pour la première fois, on y a enregistré plus de décès (5,2 millions) que de naissances (5, 1 millions). « L’UE a connu pour la première fois une variation naturelle négative de sa population », analyse l’office de statistiques européen Eurostat. Pourtant, deuxième enseignement de l’étude, sa population globale a continué de progresser, grâce au nombre de personnes de nationalité étrangère installées dans l’Union : l’Europe comptait ainsi, au 1er janvier 2016,  510, 1 millions de résidents contre 508,3 millions au 1er janvier 2015. Statistiques d’avant Brexit, bien entendu.

L’année 2015 a en effet  été marquée par un afflux migratoire très important, en provenance notamment de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan. 1,2 million de demandes d’asile ont été déposées dans l’Union, soit deux fois plus que l’année précédente. C’est ainsi que l’Allemagne, par exemple, qui affiche un faible taux de naissances, a vu sa population s’accroître d’un million d’habitants. Une explication qui ne vaut pas pour la France dont la population a augmenté grâce à la vitalité de sa fécondité (200 000 naissances de plus que de décès) plus que par l’effet d’un solde migratoire positif (c’est-à-dire l’écart entre le nombre d’étrangers arrivants sur le territoire et les partants)…  La France est le deuxième pays le plus peuplé, représentant 13,1% de la population totale, derrière l’Allemagne (16,1%) et, en 2015, devant le Royaume Uni (12,8%).

Les situations démographiques, on le voit,  varient d’un pays à l’autre : Irlande, France, Grande-Bretagne et Suède continuent à avoir une natalité dynamique, contrairement aux pays du Sud comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal  ou la Grèce. Quant aux États de l’est de l’Europe, comme la Lituanie, la Lettonie, la Croatie, la Bulgarie, la Roumanie, ils  voient leur population globale décroître et, pour certains, l’espérance de vie diminuer.

On pourrait regarder avec détachement ce constat statistique, si le vieillissement naturel de l’Europe n’était pas un danger pour le dynamisme économiques du continent, même  s’il est désormais de bon ton de mettre en lumière la « silver economy », prometteuse en raison  d’une séniorisation des sociétés européennes. Mais aussi parce que ce vieillissement n’est pas sans effet sur la capacité des États et des peuples à se réformer, à prendre des risques, à faire preuve d’audace. Enfin comment ne pas mettre en parallèle ce retournement des statistiques et le Brexit du Royaume-Uni, ou la montée, dans plusieurs pays de l’Union, de partis populistes, qui surfent sur l’inquiétude des populations (même si leurs électeurs ne se recrutent pas uniquement parmi les générations les plus âgées) ?

La peur de perdre son identité dans un grand tout européen va de pair avec une faible natalité et le poids démographique des immigrés ou des ressortissants nationaux issus de l’immigration. La physionomie des sociétés change ; elles sont de plus en plus multiculturelles et pluri-religieuses, entraînant un sentiment de dépossession, certains extrémistes comme Renaud Camus, allant jusqu’à théoriser sur un « grand remplacement ». Les dirigeants, et les médias sans doute, n’insistent pas assez sur l’apport des populations venues d’ailleurs dans les succès de leur pays, sur le plan économique ou culturel, leur jeunesse. Dans le débat provoqué par la crise migratoire que connaît l’Europe aujourd’hui à ses frontières, ces statistiques démographiques devraient être au contraire l’occasion d’insister sur cette contribution essentielle. Une histoire de vin nouveau et de vieilles outres, en quelque sorte.

Dominique Quinio, présidente des Semaines sociales de France

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