Les présidentielles… et le bien commun dans tout ça ?

Par Catherine Belzung

L’approche des élections à la Présidence de la République nous pousse à nous interroger. En effet, comment ne pas perdre le nord dans le contexte très délétère de la campagne électorale que nous subissons ? Comment rester motivé et déterminé à nous intéresser au débat politique, alors que tout nous pousse soit au dégoût (face aux affaires judiciaires en cours), soit à la panique (devant la montée des intentions de vote pour le programme du Front National), soit à une forme d’indifférence (cf le billet sur la PRAF attitude )? Sans doute qu’une solution est de garder notre boussole sur un point de mire : la défense du bien commun. Un cap, qui peut éclairer à la fois notre lecture de la situation et nos choix politiques. Oui mais alors comment voter si notre souci premier est de défendre l’intérêt général? Quels critères mettre en avant?
Il me semble qu’on pourrait en proposer 3 : a) le contenu du programme des candidats et sa soutenabilité b) les qualités personnelles  du candidat c) son aptitude à gouverner.
Commençons par le premier point : le contenu du programme. C’est évidemment un point crucial et dans ce cadre il s’agit d’évaluer si le programme proposé correspond aux valeurs de fraternité : fait-il une place aux plus pauvres, aux migrants ? pense-t-il au respect de l’environnement, à construire la paix avec les autres nations, à lutter contre le chômage, à construire la cohésion sociale, à développer l’éducation, à diminuer les inégalités, à offrir un bon système de santé à tous ? Mais aussi : est-il soutenable à long terme, permet-il d’éviter d’accroitre  la dette publique et est ce que les différentes propositions qu’il contient sont financées ? Et quid de la gouvernance, de la séparation des pouvoirs ? Sur internet on trouve divers outils de comparaison des programmes qui permettent de se faire une idée.
Cependant, ce premier critère du contenu du programme ne suffit, à lui seul,  pas à garantir le bien commun. Il faut aussi s’interroger sur la stature présidentielle du candidat, et sur ses qualités morales. En effet, si le candidat ne satisfait ce critère, il ne parviendra pas à imposer son programme, aussi fraternel soit-il. Ce point est plus délicat à évaluer, car il s’agit d’une impression plus subjective et difficile à objectiver. Des éléments quantifiables peuvent cependant être proposés, comme le fait que la personne a déjà exercé avec succès des responsabilités régaliennes ou qu’elle est reconnue sur le plan international. Son comportement pendant la campagne, un peu « au dessus de la mêlée » et défendu plus la nation que son propre camp peuvent aussi constituer de bonnes indications.
Enfin concernant le troisième critère, il s’agit d’évaluer si le candidat aurait les moyens de gouverner : par exemple est-il entouré de personnes compétentes avec lesquelles il ou elle pourrait gouverner ? ou bien pourra-t-il obtenir une majorité parlementaire ? Si ce n’est pas le cas, cela compromettrait sérieusement ses chances d’appliquer son programme, ce qui rendrait le premier critère caduc. Car cela  l’obligerait soit à faires des alliances, ce qui pourrait ouvrirait une période d’instabilité, soit à gouverner par ordonnances, ce qui est peu compatible avec une gouvernance démocratique, soit à nommer un premier ministre dans le camp majoritaire, ce qui ne lui permettrait pas d’appliquer son propre programme.
Bien sûr, si chacun de nous remplissait une grille fictive, dans laquelle chaque colonne représenterait un point évoqué, et chaque ligne serait un candidat, il est vraisemblable qu’aucun d’entre eux ne remplirait avec succès « toutes les cases ». Nous aurions sans doute plutôt une situation en demi-teinte, la plupart d’entre eux remplissant certains critères et pas d’autres. Mais ce travail de lecture objectif permettrait au moins de prendre nos décisions de façon consciente, plutôt qu’à nous laisser manipuler par des impressions, des images, les médias, les sondages. Bref, cela permettrait d’être un citoyen responsable. Et éventuellement de participer aux divers actions citoyennes entreprises ça et là, pour proposer aux candidats des aspects de programme auxquels ils ne souscriraient pas spontanément.

Catherine Belzung, membre du CA des SSF

7 Commentaires

  1. JEAN

    Le sujet « bien commun » ou « programme concret « n’est pas abordé
    – par paresse des journalistes, qui ne travaillent pas leurs sujets , et se contentent souvent de répéter les « bruits » entendus chez les autres …(c’est le profil « Guillaume Durand », sur Radio Classique )
    – par manque de réaction des auditeurs/lecteurs, qui ne se plaignent pas assez du mauvais service que leur rendent les médias: il faut écrire et réagir pour qu’on évoque les débats de fond , et pas seulement les costumes de X ou Y…

  2. Pierre

    Merci Catherine Belzung pour cette réflexion apaisante.
    Pierre.

  3. Hugo

    Voici 5 ans, à l’occasion des précédentes présidentielles, un groupe local des Semaines sociales s’était appliqué à jauger les programmes à l’aune des « piliers » de la pensée sociale chrétienne. La soirée a eu lieu mais l’exercice a tourné court. La distance paraissait trop grande entre les deux mondes, celui concret des programmes et celui abstrait des principes de morale sociale. Qu’en conclure ? Mission impossible? Nous en étions en tous cas ressorti avec une meilleure connaissance des programme des candidats!

  4. Paule TROESTLER

    Merci Catherine,
    Ton article fait du bien et m’aidera à y voir un peu plus clair en partant des 3 critères que tu proposes.

  5. Catherine de Planard

    Je te rejoins tout à fait dans ton analyse, Catherine. Ce sont effectivement ces trois critères qui me permettent d’avoir fait maintenant mon choix. En ce qui concerne le programme, j’ai mis le curseur sur deux points : accueil et respect de la vie. Depuis sa conception jusqu’à la mort . Ou …. accueil de nos frères étrangers, avec visas humanitaires ? Ces deux aspects primant sur la vision économique. J’ai choisi le premier aspect. Et donc cela oriente forcément mon choix de programme. L’aspect stature présidentielle me paraît plus subjectif. Quant aux compétences, je pense qu’il y en a dans l’entourage de tous les candidats. C’est pourquoi il me semble que ce sont les choix de société proposés par tel ou tel candidat qui sont vraiment déterminants, car engageant l’avenir. Je suis bien sûr aussi sensible au programme économique, à celui qui me paraît etre le mieux a même de résoudre le chômage et diminuer l’écart entre les plus démunis et les plus possédants. Tout en redonnant à la France une plus grande souveraineté et en libérant l’économie de contraintes paralysantes. Il y aurait beaucoup d’autres points à analyser bien sur !!!
    Bien avec chacun. Catherine

  6. Catherine

    Merci de ces commentaires.. Il est certain qu’il sera important de hiérarchiser ces différents critères, ce qui peut conduire des personnes ayant adhéré à ces critères à prendre des orientations politique différentes. l’essentiel est me semble-t-il que ces choix soient faits sciemment, en conscience

  7. Anne

    Merci Catherine. Pour ma part je réfléchis sans tenir compte des médias ( surtout télévisuels ) qui ne sont pas libres, pour ne pas dire : à la solde de…, puisque payés
    par de gros lobby de l’industrie pour qui le bien commun n’est guère une priorité, et qui veulent nous noyer dans des conflits de pouvoirs, personnes ou jolis costumes….
    Mon choix est subordonné au respect de la personne humaine dans sa liberté d’assumer ses choix, dont le jugement moral ne m’inquiète guère car on ne peut imposer notre façon de voir la vie, seulement nous engager à aimer l’autre et l’accompagner dans sa vie. Et si quelques remous se font sentir dans l’accomplissement d’un projet politique, cela ne me fait pas peur non plus. Je préfère être bousculée par un remous de prise de conscience du partage nécessaire, de l’accueil de l’étranger, de la tolérance des différences de culture qui égratignent nos certitudes. Je voudrais dire, comme nous pouvons lire dans l’évangile  » n’ayez pas peur  » ou comme dit notre pape François  » arrêtons de nous regarder le nombril, sortons de chez nous , allons aimer dans nos périphéries, sans jugement des moralités douteuses ou diverses. Dieu aime tous ses enfants. Un point important effectivement : la moralité du chef de file, son engagement humain à côté des personnes, et la place qu’il peut offrir à chaque membre de la nation. Pour moi une conviction sans borne dans le désir profond de fraternité, égalité et liberté. Mais pas nos petites libertés, ni nos peurs d’inégalités souvent matérielles, mais une grande fraternité souvent dérangeante comme dans une famille nombreuse car il faut se bouger…
    Le refus de taire l’injustice et les privilèges trop écrasants , l’argent comme gouverneur du monde, croire en un monde nouveau qui existe déjà dans de nombreux coeurs. Et si mon candidat idéal n’est pas élu, qu’à cela ne tienne, je vivrais mes convictions politiques autour de moi, dans mon quartier, en fraternité. Merci Catherine et vous tous que j’ai lu, cela m’a permis de faire le point avec moi même et à mieux cerner ce qui me semblait essentiel.

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