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Ensemble, l’éducation

Tous les 15 jours, retrouvez Pierre-Yves Stucki et sa chronique sur la pensée sociale et l’actualité, au micro de Paul Keil sur Radio Jerico.

Si nous avons choisi ce thème pour notre session 2016 c’est parce que l’éducation est un sujet majeur et qu’il nous a semblé utile de le mettre en avant au moment de la campagne présidentielle. Mais nous le faisons dans une perspective un peu différente de celle qui domine dans les débats habituels.

Ces débats en effet se concentrent sur le système scolaire. Ici, ce sont ces dates étranges des congés de la Toussaint qui débutent en pleine semaine. Juste avant, c’était la critique par un candidat du temps de travail des professeurs. Encore avant, la place des questions affectives et sexuelles avec les propos du pape sur la théorie du genre. Et en remontant encore, les discussions sur le système de notation, la réforme du collège ou encore les rythmes scolaires

Il est vrai qu’en France nous avons assimilé l’éducation à l’Éducation nationale – et donc à l’école. Nous avons concentré sur elle des attentes énormes et, pour tout dire, assez contradictoires. Nous lui demandons de transmettre des savoirs, de préparer à l’insertion professionnelle, de former des citoyens, de compenser les manques familiaux, et même maintenant de lutter contre le réchauffement climatique. Dans le même temps nous enfonçons le système scolaire dans un constat d’échec, sans toujours accepter qu’il s’agit peut-être du symptôme d’un échec plus global de la mission éducative de l’ensemble de la société.

Car l’éducation est bien plus vaste que l’école et sur ce sujet l’Église a non seulement un discours spécifique mais aussi une forte expérience. Que l’on songe bien sûr à l’enseignement catholique, mais aussi à toutes ces congrégations religieuses (jésuites, eudistes, assomptionnistes, frères des écoles chrétiennes etc.) qui ont souvent été des lieux d’innovation pédagogique.

L’intérêt des chrétiens pour l’éducation est donc ancien. L’Église y a toujours vu un droit fondamental de la personne, mais aussi un droit de la société (celui de « construire son avenir en donnant une éducation appropriée à ses jeunes générations »). L’éducation est aussi une condition nécessaire de la participation de chaque citoyen à la vie de sa communauté, qui est un des grands principes de la doctrine sociale.

Bien sûr, le discours du Magistère a évolué. Dans la dernière chronique, j’insistais sur le fait que sur l’accueil de l’étranger, la doctrine sociale avait toujours été d’une constance parfaite. C’est moins le cas sur l’éducation. Qu’on en juge par exemple en relisant les propos de Pie XI en 1929 qui affirmait par exemple que « la fréquentation des écoles non catholiques, ou celles qui s’ouvrent indifféremment aux catholiques et non-catholiques, doit être interdite aux enfants catholiques. » ou qu’« il ne peut y avoir d’éducation complète et parfaite en dehors de l’éducation chrétienne ». Cela a beaucoup changé. Mais c’est d’abord le contexte global de rapport entre l’Église et la société qui a changé.

Mais à côté de ces évolutions, essentiellement liées au contexte, il y a aussi des continuités très fortes. D’abord, le rappel que la famille est le premier lieu d’éducation. Un autre point important, c’est le respect de la liberté de conscience, qui implique que l’État rende concrètement possible, y compris sur le plan financier, le choix éducatif des parents.

Cependant, même si les parents sont les « premiers éducateurs », ils ne sont pas les seuls. Jean-Paul II le dit bien dans Familiaris Consortio (« Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants, mais pas les seuls. Il leur revient donc d’exercer avec responsabilité l’œuvre éducative, en collaboration étroite et vigilante avec les organismes civils et ecclésiaux. »). Plus récemment, François le rappelle dans Laudato Si (« Les milieux éducatifs sont divers : l’école, la famille, les moyens de communication, la catéchèse et autres. »).

Lors de la session « Ensemble l’éducation » nous voulons repenser l’éducation comme une mission collective, qui nous concerne tous – et tout au long de la vie. Nous voulons trouver comment favoriser les alliances éducatives : comment les familles, l’école, les associations, les entreprises, les médias, le monde culturel et sportif, les collectivités publiques… peuvent travailler ensemble, au lieu de lutter chacun dans son coin en pensant qu’il doit compenser seul les carences des autres.

Cette session a été préparée depuis un an avec nos antennes régionales et les mouvements partenaires des Semaines sociales, notamment la Fondation d’Auteuil, les Scouts et Guide de France, l’Enseignement catholique, l’UNAF ou encore le journal La Croix. Nous avons reçu plus de 100 contributions et nous avons élaboré synthèse qui servira de base à une interpellation du monde politique. Le dimanche 20 novembre au matin, les représentants de 6 partis réagiront à cette synthèse. Ce sera l’un des temps fort de notre session et une manière nouvelle de contribuer au débat public.

Vous êtes donc invités à cette session des Semaines sociales, qui aura lieu les 19 et 20 novembre à Paris Event Center – Porte de la Villette. Le programme précis se trouve sur le site ssf-fr.org où vous pourrez vous inscrire. Il y aura notamment des tarifs promotionnels pour les moins de 35 ans et les enseignants et, pour la première fois, un programme spécifique pour les enfants et les adolescents – car, en fin de compte, nous voulons aussi donner la parole à ceux qui sont les premiers concernés par l’éducation !

 

Pierre-Yves Stucki, vice-président des Semaines sociales,
pilote du groupe de préparation de la session 2016

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